« Les agents du Nord Pas de Calais sous pression »
Les demandeurs d'emploi en veulent moins aux agents qu'à l'institution. Mais, explique Sabine Landrevie, déléguée syndicale SNU-FSU, « les chômeurs sont malmenés par l'institution, alors ils malmènent les salariés de l'institution ». Résultat, ces derniers travaillent sous tension.
« C'est vrai qu'on se retrouve parfois seul à l'accueil et qu'on ne sait pas toujours quoi répondre », admet Bernie Billey, déléguée syndicale CFDT de Pôle emploi. Qui justifie : « Les ex-agents ANPE n'ont reçu qu'une formation à l'indemnisation de trois jours sous prétexte qu'ils ne sont censés faire que de l'accueil de premier niveau. » Or, ne pas pouvoir répondre à des demandeurs d'emploi, particulièrement anxieux en ce moment, peut générer de l'agressivité. D'autant qu'en parallèle, Pôle emploi propose beaucoup moins d'offres d'emploi. « La faute à la crise, certes. Mais par endroits - Lille, Roubaix, Tourcoing ou Maubeuge, par exemple -, les agents ont jusqu'à deux cents dossiers à gérer. Comment voulez-vous qu'ensuite, on ait le temps de prospecter auprès des entreprises pour dénicher les offres d'emploi ? », souligne Mme Landrevie.
Tout comme son homologue de la CFDT, si la déléguée SNU - FSU se félicite de l'embauche à venir d'une centaine de personnes, elle estime que ce n'est pas assez. « Dans l'idéal, un agent devrait avoir cinquante dossiers en portefeuille. » Elle réclame des effectifs mais pas seulement. « On devrait revenir à l'essentiel. Or, on nous demande beaucoup de paperasserie et du contrôle.
Bientôt, on va devoir revérifier l'authenticité des pièces. » Et elle remet en question le fait que les agents doivent recevoir chaque chômeur une fois par mois. « On devrait pouvoir choisir qui en a vraiment besoin. On ne nous fait pas confiance. »
La réponse du Directeur Régional
Karim Khetib dirige dans la région Pôle emploi, né de la fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC. Il fait le point sur l'activité, les difficultés et les projets de cet organisme.
- Le Nord - Pas-de-Calais compte 35 000 chômeurs de plus en un an, 14 000 depuis le 1er janvier, comment faites-vous face ?
« C'est un défi de mettre en place la fusion ANPE - ASSEDIC en période de crise. Nous avons connu un démarrage difficile en janvier. Les choses s'améliorent. Pôle emploi dans la région regroupe 2 700 agents, nous allons en former 1 900 cette année, 500 le sont déjà. L'objectif pour 2009 est de mettre en place partout un accueil commun pour l'inscription et l'indemnisation des demandeurs d'emploi. »
- Où en est-on dans le traitement des dossiers en retard ? Y a-t-il des files d'attente ?
« L'organisation permet de faire face à une forte demande. En mars nous avons traité 50 000 dossiers. Actuellement nous avons un stock de 4 000 dossiers, c'est l'équivalent de deux jours de travail. Il y a eu 2 200 heures supplémentaires effectuées depuis février. Il n'y a pas de retard dans l'indemnisation. Au printemps 2008, nous avions 153 000 chômeurs indemnisés dans la région. Ils sont actuellement 170 000. La charge de travail est importante pour les agents. »
- Comptez-vous obtenir des renforts ? On a évoqué 1 800 embauches au plan national... « Pour la région, nous allons recruter 100 CDI pour compléter les équipes actuelles. Le processus est engagé. On a déjà reçu trois cents candidatures. Nous ne nous baserons pas uniquement sur les CV et les diplômes. L'objectif est de boucler les recrutements avant la fin de l'été. »
- Allez-vous supprimer des anciennes antennes de l'ANPE ou de l'ASSEDIC avec la fusion ?
« Nous n'allons quitter aucune des communes dans lesquelles nous sommes présents. Nous disposons actuellement de 85 points d'accueil. À l'automne, nous aurons 64 sites d'accueil commun plus des sites spécifiques. Dans les communes où nous avons des antennes voisines, comme à Somain, Condé, Douai, Valenciennes, Lens, il pourra y avoir des regroupements de locaux. »
- Appréhendez-vous l'été avec l'arrivée des jeunes diplômés et la mise en place du revenu de solidarité active (RSA) ?
« C'est toujours une période sensible a fortiori en période de crise. On s'attend à un mouvement d'inscription important parmi les jeunes qui terminent leurs études. Quant à la mise en place du RSA, elle peut inciter des RMistes à s'inscrire comme demandeurs d'emploi, ils ne sont que 40 % dans ce cas. Dans quelques mois, avec les renforts et la formation, nous serons plus efficaces pour aider les chercheurs d'emploi. »