La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Dans Le Monde du 20 mai, Christian Charpy contre-attaque en pourfendant un article de Pierre Cahuc.Dans un entretien publié dans Le Monde du 5 mai, l'économiste Pierre Cahuc, tout entier concentré dans sa volonté de prouver que notre pays et son service public de l'emploi sont incapables d'accompagner les chômeurs vers l'emploi, en vient à prononcer des contrevérités ou des approximations non étayées, inquiétantes pour un économiste qui entend faire référence sur les questions d'emploi et de chômage.
Première contre-vérité, les destructions d'emplois seraient à peine plus nombreuses aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a quelques années : cette affirmation laisse sans voix. Les chiffres encore provisoires publiés par l'Insee pour le premier trimestre 2009 font apparaître 138 000 destructions nettes d'emplois salariés dans le secteur principalement marchand, après 117 300 au dernier trimestre 2008.
Ce chiffre de destructions d'emplois en un trimestre est inégalé depuis que l'Insee publie cette série statistique et, à titre de comparaison, on n'avait détruit "que" 100 000 emplois au dernier trimestre 1974, au plus fort du premier choc pétrolier. Ce qui fait la force d'une économie, c'est sa capacité à mettre en oeuvre un processus schumpétérien de destruction créatrice : des emplois disparaissent chaque jour parce qu'insuffisamment productifs pour que d'autres apparaissent dans les secteurs porteurs d'avenir. Mais, ce qui compte, c'est le nombre de créations nettes ou de destructions nettes. Et aujourd'hui notre pays, comme tant d'autres, détruit beaucoup plus d'emplois qu'il n'en crée.
LICENCIEMENT ÉCONOMIQUE
Deuxième contrevérité, les entrées au chômage pour raison économique seraient moins importantes qu'en 2005. Là encore, M. Cahuc semble bien mal informé. En effet, aux entrées en chômage pour licenciement économique (23 000 en mars), il faut ajouter les entrées en conventions de reclassement personnalisé pour les licenciés économiques qui n'existaient pas en mars 2005. Pour le mois de mars, elles ont concerné 13 200 personnes supplémentaires.
On compte ainsi un tiers d'entrées de plus au chômage pour licenciement économique en mars 2009 qu'en mars 2005. Plus encore, la baisse très forte du nombre de personnes en contrat d'intérim (25 % par rapport à mars 2005 et près de 40 % depuis décembre 2007) est bien la traduction de l'adaptation des effectifs des entreprises au nouveau contexte économique ; elle se traduit par des entrées massives au chômage pour fin de mission d'intérim (+ 25 % en mars 2009 par rapport à mars 2005), auxquelles il convient d'ajouter les fins de CDD. Et le contrat unique cher à Pierre Cahuc n'y aurait rien changé !
Enfin, comme à son habitude, Pierre Cahuc continue sa charge contre le service public de l'emploi qui, en France, "ne sait pas accompagner les chômeurs vers les nouveaux emplois". Là encore, on aurait aimé une démonstration plus construite, étayée sur des évaluations scientifiques, comme celles en cours sous l'égide de l'Ecole d'économie de Paris dont les premiers résultats font apparaître que le Pôle emploi n'a pas à rougir de ses performances, comparées à d'autres opérateurs de placement.
Le modèle scandinave de flexicurité, tant vanté par M. Cahuc, est adopté aujourd'hui par la plupart des pays européens y compris la France, sous différentes variantes pour tenir compte des contextes institutionnels. Il ne préserve pas pour autant de la crise, comme le montrent les dernières analyses de la Commission européenne qui prévoient un doublement du taux de chômage au Danemark, berceau du modèle de flexicurité, entre 2008 et 2010.
Bref, quand on veut tuer son chien...
Christian Charpy est directeur général du Pôle emploi
