La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Le serpent de mer des offres de Pôle emploi non satisfaites
Il y un an, Nicolas Sarkozy avait promis une baisse du chômage « dans les mois qui viennent ». La situation de l'emploi s'est finalement dégradée en 2010, avec 5,3% de chômeurs en plus...
Le chômage des personnes en catégories A, ceux qui n'ont exercé aucune activité, a augmenté de 3% en 2010. En 2009, cette augmentation avait été de 18,9%. Je ne me satisfais pas de ces résultats, même si face à la crise que nous avons connue nous avons mieux résisté que nos voisins européens. Maintenant, il est certain que pour 2011, nous avons une obligation de résultats. Ma responsabilité première, c'est que le chômage baisse cette année.
Cela ne va pas être compliqué, alors que la croissance s'annonce molle et que vos marges de manœuvre sont réduites, avec les restrictions budgétaires et la diminution de certains dispositifs d'aides à l'emploi ?
Mon rôle, c'est de mettre en place des outils pour accompagner la reprise économique. On nous avait dit qu'en-dessous de 2% de croissance, on ne pouvait pas créer d'emplois. Sur l’année 2010 en a recréés plus de 100.000. Vous me parlez par ailleurs de restrictions budgétaires, mais est-ce que le budget de l'emploi a baissé en 2011 ? Non.. Pour obtenir des résultats, je ne me contenterai pas de discours. Comme cela était prévu, le dispositif pour l’emploi des jeunes est arrivé à échéance le 31 décembre. Nous allons à présent mettre en place un nouveau plan d'action, avec de nouveaux outils pour favoriser l'alternance et des objectifs ambitieux pour simplifier le système et revaloriser le statut de l’apprenti. Je veux aussi mobiliser sur le terrain tous les outils qui existent et tous les acteurs de l’emploi.
C'est-à-dire ?
Nous avons un nombre très important de demandeurs d'emplois, 2 725 000 exactement, et 250 000 offres qui n'ont pas été satisfaites par Pôle emploi cette année. Les pourvoir beaucoup plus vite, est un véritable enjeu. Il faut raccourcir les délais, simplifier les démarches et faire une priorité de la formation aux métiers qui recrutent. Le bon échelon pour y arriver, c'est le bassin d'emploi : il faut mettre en place des plans d'action locaux. Ma stratégie, c'est d'avoir une ambition nationale mais une action très locale.
Vous demandez aux collectivités locales, en quasi-totalité à gauche, de vous épauler ?
J'adresse un message aux régions et aux départements : je souhaite que la question de l’emploi soit abordée sans esprit partisan, les élections présidentielles et législatives sont encore loin, travaillons ensemble. Si par exemple sur l'apprentissage, dans le cadre des nouveaux contrats d'objectifs et de moyens, l'Etat met un euro, je dis aux régions : mettez aussi un euro. Cela permettra d'être plus actifs et plus efficaces.
Le chômage de longue durée et celui des seniors ont beaucoup augmenté en 2010. Qu'est-ce que vous comptez faire pour y remédier ?
Le chômage de longue durée touche beaucoup les salariés les plus âgés. Pour leur permettre de remettre le pied dans le marché du travail, les contrats aidés apportent une vraie réponse : quand vous êtes au chômage depuis un ou deux ans, on ne me fera pas croire qu'il est aussi facile de retrouver un emploi que quand vous l'avez perdu depuis un mois. Il faut donc leur accorder un accès prioritaire aux contrats aidés et mettre en œuvre des moyens précis pour des formations et un accompagnement particuliers. J'ai entendu en fin d'année que les contrats aidés allaient s'arrêter. C'est faux. Nous en avons prévus 390 000 pour 2011, soit plus qu’avant la crise !
Les ruptures conventionnelles, qui permettent la « séparation à l'amiable » entre l'employé et l'employeur, ont augmenté de 31% en 2010. Est-ce que ça ne précarise pas les salariés ?
Ce sont les partenaires sociaux qui ont pensé et voulu ce dispositif. Qu'on le regarde et qu'on l'évalue, c'est une chose. Mais on remarque très peu de contentieux suite aux ruptures conventionnelles. La rupture conventionnelle ne crée pas le problème : elle crée une solution qui n'est pas juridictionnelle et douloureuse. Et comme de toute façon il y a toujours la possibilité d'aller devant les prud'hommes, c'est une garantie importante pour le salarié.
Nicolas Sarkozy insiste beaucoup ces dernières semaines sur le thème de la réhabilitation du travail, du « travailler mieux ». Vous allez proposer des mesures sur le sujet ?
Je veux d'abord en discuter avec les partenaires sociaux, mais je vais prendre de nouvelles initiatives sur le sujet dès ce mois-ci, notamment sur la formation des managers. Dans les années qui viennent, la question ne sera pas seulement celle de la quantité du travail, mais de la qualité de vie au travail. Le capital humain sera une donnée toujours plus importante dans les entreprises.
Le coût du travail est-il trop élevé en France ?
Les Allemands enregistrent une croissance soutenue, notamment parce qu’ils ont baissé les charges qui pèsent sur le travail. Nous, on a commencé à le faire, notamment en supprimant la taxe professionnelle. Mais il faut aller plus loin, et ce sera l’un des débats importants de la présidentielle. Je pense qu’il faut un meilleur équilibre entre la taxation qui pèse sur le travail et celle qui pèse sur les revenus du capital. Car avant de partager les richesses, il faut les créer. Et c’est le travail qui crée la richesse.