La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
"Le chômage va baisser ... et les sous-préfets vont rapprocher l'offre et la demande d'emploi ..."
Xavier Bertrand: «Il n'est pas question de fatalisme»
Le Figaro 25 août 2011
LE FIGARO - La baisse du chômage du début d'année semble déjà oubliée. Êtes-vous découragé par de nouveau mauvais ghiffre ?
Xavier Bertrand - Il est malheureusement dans la même ligne que les deux mois précédents. On pouvait s'y attendre avec une croissance à 0%, sans compter que juillet est traditionnellement mauvais (9 hausses sur les 11 dernières années). Mais cela n'enlève rien à ma conviction que le chômage va repartir à la baisse. Les plans sociaux reculent. Les licenciements économiques ne remontent pas. L'intérim, qui est toujours précurseur, tient bon. Les créations d'emplois sont fortes même si elles sont largement absorbées par la hausse de la population active. Et les nouvelles mesures que nous avons prises ces derniers mois, notamment pour l'apprentissage, vont commencer à porter leurs fruits. Avec Nadine Morano, nous espérons par exemple avoir beaucoup plus d'apprentis à la rentrée. Il n'est pas question de fatalisme.
Où en est-on sur les contrats aidés ?
Sur les contrats aidés, 222.435 CAE (secteur non marchand) avaient été signés fin juillet, il en reste 200.000 à pourvoir d'ici la fin de l'année ; côté CIE (entreprises) il en reste 34.000 sur les 62.000 prévus cette année. Beaucoup de contrats aidés co-financés par les départements seront aussi débloqués au second semestre. J'attends aussi un engagement significatif des conseils généraux et qu'ils jouent totalement le jeu! Le Gard, où j'étais jeudi, a ainsi proposé des contrats aidés à 2,1% de ses bénéficiaires de RSA ; s'il passait à 10%, qui est notre objectif national, cela ferait 1500 personnes sorties du chômage! Or cela coûterait au département 411 euros par mois, contre 467 actuellement pour le RSA.
Pôle emploi doit changer de directeur et adopter un fonctionnement plus décentralisé au plus tard à la fin de l'année. Faut-il accélérer le mouvement ?
On ne peut pas attendre la fin de l'année. Chaque agence aura un «droit de tirage» sur les formations, se verra déléguer davantage de crédits, ce qui lui permettra d'être beaucoup plus réactive. La partie administrative sera allégée, avec moins d'indicateurs à renseigner. Je revois début septembre les partenaires sociaux et tous les acteurs impliqués pour qu'ils me confirment leur accord pour la mise en œuvre de cette nouvelle feuille de route.
Vous avez chargé en début d'année les sous-préfets d'assurer la «connexion» entre les demandeurs d'emplois et les chefs d'entreprises qui, dans la même zone, ont du mal à recruter. Cela donne-t-il des résultats ?
Là où il y a une totale dynamique, les résultats sont indéniables, même s'il est trop tôt pour donner des chiffres. Cette coordination passe aussi par l'activation du «service public local de l'emploi» qui regroupe dans un bassin Pôle emploi, les missions locales, les maisons de l'emploi, les collectivités, des chefs d'entreprise… Ce n'est pas nécessairement spectaculaire mais c'est efficace. Je réunirai à nouveau tous les sous-préfets de France en septembre pour mettre en place des plans d'actions dans chaque bassin d'emploi, et dès la semaine prochaine je tiendrai une visioconférence avec les directeurs régionaux de Pôle emploi et les préfets de région.
Un nouveau dispositif, assurant une meilleure indemnisation et un suivi renforcé aux licenciés économiques, sera en vigueur le 1er septembre. Mais ce sont les fins de CDD et d'intérim qui augmentent. Faut-il inventer des dispositifs pour ces cas ?
Nous serons très attentifs aux suggestions des partenaires sociaux, que le premier ministre reçoit ces jours-ci.
Le budget de l'emploi sera-t-il raboté, compte tenu des mesures d'économie annoncées mardi par François Fillon ?
Les arbitrages sont rendus par le président de la République et le premier ministre: il sera intégralement préservé en 2011 comme en 2012.
Est-ce le moment de diminuer les allégements de charges patronales sur les heures sup, ce qui revient à augmenter le coût du travail ?
Pour l'employeur, l'élément déclencheur, ce ne sont pas les exonérations, c'est le fait d'avoir un surcroît de travail. Et je rappelle que, côté salarié, la logique de pouvoir d'achat est intégralement préservée ; les changements n'enlèveront pas un centime d'euro aux salariés par heure supplémentaire effectuée
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La taxe sur les très hauts revenus sera de 3%, à partir de 500 000 euros. Le gouvernement laissera-t-il de durcir ces critères, comme une partie de la majorité le souhaite ?
Le Parlement sera amené à débattre, c'est normal. Le simple fait de poser la question montre que le principe de cette taxe, que j'ai défendu depuis le départ, est désormais largement accepté. L'exigence de justice est comprise par tous. Pour cette même raison, je suis favorable au rapprochement de la fiscalité du travail et du patrimoine les annonces de mardi vont aussi dans ce sens.
Les complémentaires santé vont sans doute relever leurs tarifs après avoir été taxées de plus d'un milliard d'euros supplémentaires…
Rien ne les y oblige. Un certain nombre d'entre elles sont des entreprises privées qui affichent des bénéfices importants et ont donc des marges de manœuvre. Il s'agit bien d'une taxe sur les contrats d'assurance, pas sur les assurés, contrairement à une hausse du ticket modérateur par exemple dont nous n'avons pas voulu.
Le plan anti-déficit prévoit dix fois plus de hausses de recettes supplémentaires que d'économies. Peut-on faire davantage d'efforts de ce côté-là ?
Nous supprimons des niches fiscales. Il n'y a aucune hausse générale des impôts, comme le préconisent les socialistes et comme ils le font c'est une véritable marque de fabrique dans les collectivités locales qu'ils dirigent. Cela serait une politique qui casserait les perspectives de croissance. Mais c'est vrai, la France est un pays qui a un haut niveau de dépenses et de prélèvements publics. La réforme des retraites, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux…réduisent la dépense publique. Je suis convaincu qu'il faudra aller beaucoup plus loin dans les années qui viennent, ne pas hésiter à revenir sur certaines dépenses en se posant systématiquement la question: est-ce qu'on en a réellement pour notre argent ? L'efficacité et la justice doivent être les deux critères de la dépense.