La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Lydie s'exprime dans France Soir et sur RTL
Lydie Breuilly a décidé d’engager un bras de fer avec son ex-employeur, qui vient de la remercier après 18 contrats précaires. « Quand je venais pointer au chômage, c’était l’occasion de revoir mes collègues. Pendant des années, je me suis retrouvée à tour de rôle devant et derrière le guichet. » Lydie Breuilly, 56 ans, pourrait presque rire de sa situation, tellement elle confine à l’absurde. Mais depuis quelques mois, cette Bretonne d’adoption rit jaune.
La signature de son premier contrat à durée déterminée au pôle emploi de Concarneau (Finistère) remonte à 1998. Douze ans et dix-huit CDD plus tard, la plaisanterie a fini de l’amuser. Originaire de Normandie, Lydie s’est installée en Bretagne pour suivre son mari. Son parcours professionnel n’a pas toujours été facile : après avoir quitté l’école à 15 ans, elle survit grâce à des petits boulots et à des heures de ménage, avant de travailler une dizaine d’années comme employée de bureau en intérim. « Je suis une autodidacte », déclare Lydie fièrement, avant d’ajouter : « Je n’avais pas de diplômes, donc je n’ai pas eu le choix. »
A son arrivée à Concarneau, elle aperçoit le bout du tunnel lorsqu’on lui propose un poste à l’Agence nationale pour l’emploi. « Je m’occupais du placement des jeunes saisonniers, ça me plaisait beaucoup. » Elle déchante très vite. « Après un premier CDD de trois mois, j’ai enchaîné des contrats de 2, 4, 5 ou 6 mois en fonction des besoins. J’étais corvéable à merci en étant rémunérée au SMIC. » A chaque fois, les employeurs de Lydie prennent soin de laisser un délai de carence de plusieurs mois entre deux contrats. Ils sont bien placés pour savoir que la loi les y oblige.
Au fil des ans et après avoir occupé une multitude de postes, la quinquagénaire se rend indispensable. « J’ai connu quatre directeurs et j’ai fait tous les services de l’agence ! Tout le monde a toujours été satisfait de mon travail. » Malentendante, Lydie fait oublier son handicap en lisant sur les lèvres. « Je me suis toujours débrouillée. » Malgré ses efforts, ses demandes pour être titularisée obtiennent toujours la même réponse : elle n’a pas fait les études qui lui permettent de devenir conseillère. Docile, elle n’insiste pas. « Je me suis comportée comme un petit mouton », regrette-t-elle. Jusqu’au jour où le sentiment d’injustice l’emporte. « J’en ai eu ras le bol qu’on me traite comme un Kleenex jeté après usage. »
A la stupéfaction générale, Lydie refuse de signer le 18e CDD qui lui est proposé début mars, arguant qu’il lui a été adressé deux jours après son embauche. Selon les syndicats, cette erreur de Pôle emploi entraîne automatiquement une requalification en contrat à durée indéterminée. Sa rébellion va lui coûter très cher : lorsque son contrat s’achève, le 31 août, on lui indique que ce sera le dernier. Elle tombe de haut. « On m’a dit que je n’avais plus de bureau et on m’a demandé de quitter les lieux. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Le choc a été brutal. »
Déterminée, l’ex-salariée occupe la cafétéria du pôle emploi de Concarneau depuis deux jours. Son directeur n’a pas hésité à faire venir un huissier pour constater qu’elle était toujours dans les locaux. « C’est dur de ne pas craquer, mais j’irai jusqu’au bout. Je vais avoir 57 ans, j’ai besoin de payer les études de mes enfants et je ne sais pas si un employeur acceptera de m’embaucher vu mon âge. J’estime qu’au bout de 18 contrats j’ai le droit d’être titularisée. »
Le bras de fer engagé par Lydie a débouché sur un espoir : les délégués syndicaux doivent rencontrer la direction régionale de Pôle emploi aujourd’hui pour tenter de trouver un accord. En attendant, elle restera vissée à sa chaise.
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L'interview de Lydie sur RTL
le 3 septembre 2010 ---} link
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