La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
PICARDIE Le Pôle emploi déboussolé En Picardie, terre du ministre du Travail, comme ailleurs, la réforme à Pôle emploi n'avance qu'à cloche-pied, enregistrant un record de «loupés».
Nul n'est prophète en son pays. Xavier Bertrand est bien payé pour le savoir. Pas plus que les autres régions, la Picardie n'aura échappé aux difficultés nées de la fusion ANPE-Assedic. On s'en souvient, début 2011, le ministre picard du Travail avait subi l'affront jusque dans sa ville de Saint-Quentin : faute d'un accord avec les syndicats, les 32 agences de Pôle emploi, habituellement ouvertes en non-stop, étaient restées fermées chaque midi pendant deux semaines.
Au cœur de la réforme, la mise en place du fameux guichet unique chargé de traiter à la fois l'accompagnement professionnel et l'indemnisation des inscrits (là où il fallait autrefois deux entretiens) est un autre sujet brûlant qui peut fâcher Xavier Bertrand. Censée simplifier et personnaliser les démarches des chercheurs d'emploi depuis le 1er janvier 2009, cette mesure n'a finalement pris effet qu'au cours du deuxième trimestre 2011.
Depuis le 1er juillet, la direction procède encore à la mise en place des nouvelles agences spécialisées (la première a ouvert à Amiens), regroupant les équipes d'orientation professionnelle, les cellules de reclassement et les plateformes vacationnelles. Mais le volet immobilier de la réforme s'annonce des plus complexes à gérer. De nouvelles agences à guichet unique ont bien été créées, à Amiens, Méru, Beauvais par exemple. Mais des Algeco (locaux provisoires) ont aussi dû être installés à Saint-Maximin. «Les agents sont stressés, leur installation tient souvent du bricolage, ils n'ont eu que six jours de formation, ils ont peur de faire des bêtises », affirme Véronique Bleuse, déléguée CGT.
Au rang des mécontents, les psychologues du travail se sont eux aussi sentis « bousculés. » Dans un premier temps, la vingtaine de psys du travail de la région a dû déménager de l'AFPA, son ancienne tutelle, vers Pôle emploi. «Mais à l'arrivée, notre installation ne s'est pas du tout déroulée comme prévu », regrette Hamid Yakine, délégué CFDT. «Dans un vademecum sur la prestation d'orientation professionnelle spécialisée (POPS), il était précisé que nous disposerions, comme à l'AFPA, de bureaux fermés. Nous avions donc signé un accord, et nous étions même plutôt enthousiastes. Mais quelques semaines plus tard, le même document diffusé sur l'intranet de Pôle emploi ne parlait plus que d'espaces aménagés permettant d'assurer la confidentialité des entretiens d'orientation. À Creil, par exemple, la direction voulait créer deux espaces avec cloison dans un bureau où la porte avait été démontée. Nous sommes pourtant censés recueillir des problématiques personnelles qui demandent une confidentialité absolue. »
Alors que le problème semblait en passe d'être réglé dans les autres régions, cette question a provoqué en Picardie un mini-psychodrame. Dix-huit de ces psys à l'esprit retors n'hésitant pas à prendre sur leurs deniers personnels pour s'offrir les services d'un avocat. La direction, qui mettait en avant des problèmes de sécurité, a finalement cédé. «Tous les psychologues ont déjà un bureau fermé dans la Somme et dans l'Aisne. Ceux de l'Oise recevront le leur progressivement, des travaux étant nécessaires », indique Jean-Michel Camus, directeur régional.
Ouf !