La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Christian Charpy sort renforcé à l'issue du Conseil d'Administration de Pôle emploi
II n'y aura pas de conflit ouvert entre les syndicats et le gouvernement sur les finances de Pôle emploi. Vendredi matin, le budget 2011 de l'opérateur public a été adopté par son conseil d'administration (partenaires sociaux, représentants de l'administration, personnalités qualifiées, etc.), mais sans les voix des syndicats. Il va dans le sens d'un désengagement financier de l'Etat. Après avoir économisé plus du dixième de la contribution promise à Pôle emploi en 2009 (187 millions d'euros annulé sur 1,4 milliard), celui-ci refuse de prendre en charge le transfert du millier de psychologues de l'Afpa à Pôle emploi (52 millions d'euros en 2010 et 70 millions d'euros en 2011) et de rembourser les 80 millions d'euros de frais de gestion de l'allocation de solidarité spécifique au nom de l'Etat. La suppression de 1.800 postes a aussi été validée. Mais elle n'apportera que quelque 40 millions d'euros à l'Etat. L'essentiel des économies provient en fait du moindre recours à la sous-traitance privée pour reclasser les chômeurs : les deux tiers des marchés qui arrivent à leur terme en juin ne seront pas renouvelés (« Les Echos » du 9 décembre). Cette ligne budgétaire sera réduite de plus de moitié : elle passera de 210,7 millions d'euros pour près de 190.000 chômeurs à 95,5 millions pour environ 78.000 chômeurs.
« Chacun a bien compris la nécessité que l'on ait un budget », résumait le directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy, à l'issue du conseil d'administration. Ce budget n'en a pas moins « été voté dans la douleur », comme l'a résumé Marie-Françoise Leflon, de la CFE-CGC. La crise n'a été évitée que grâce à l'abstention de la CFDT et de Force ouvrière. Cela a permis à l'administration et au patronat d'obtenir la majorité nécessaire des deux tiers. La centrale de François Chérèque a justifié sa décision en dénonçant « une véritable mascarade », soulignant que « l'Etat ne doit pas utiliser le conseil d'administration pour avaliser sa politique ». Pour Stéphane Lardy (FO), il s'agissait de « condamner les pratiques de l'Etat, qui ne tient pas sa parole, et non pas de bloquer le système : nous ne sommes pas irresponsables ». La même analyse a conduit la CFTC et la CFE-CGC à s'abstenir. « Nous ne voulions pas que notre vote passe pour une défiance vis-à-vis de Pôle emploi », explique Gabrielle Simon, de la CFTC.
Au final, donc, seule la CGT a voté contre le budget. Qualifiant l'Etat de « pompier pyromane », Maurad Rabhi estime qu' « il y avait une vraie possibilité de mettre l'Etat devant ses responsabilités » et « regrette qu'on ne l'ait pas fait ».
Il est en tout cas un constat qui ne pourra que satisfaire Christian Charpy : lui qui a aussi interpellé le ministre du Budget sur la nécessité de meilleures relations financières entre l'Etat et ses opérateurs (« Les Echos » du 14 décembre) voit que les rangs se sont resserrés autour de la direction de Pôle emploi. Celle-ci avait été longtemps la cible de critiques très dures des syndicats.