La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
La hausse vertigineuse du nombre des demandeurs d'emploi, de 90 000 en janvier, de 70 000 en février, a provoqué un afflux massif dans les agences du Pôle emploi, structure née de la fusion en décembre dernier de l'ANPE et des Assedic.
Le nombre prévu des nouveaux chômeurs en 2009 était de 300 000 à 320 000. Au rythme actuel, il risque d'être de 500 000 à 600 000.
1. L'explosion du chômage depuis le mois de septembre
À partir du mois de septembre 2008, on a assisté à une véritable explosion du nombre de demandeurs d'emploi. Selon les chiffres officiels, leur nombre a augmenté de 3,5 % en février par rapport à fin janvier en moyenne nationale, soit 19 % en un an. En Aquitaine, la hausse de février n'a été que de 2 %, soit 16,8 % sur un an, pour atteindre le chiffre de 112 827 personnes (catégorie A) (1). En Poitou-Charentes, la hausse est de 3,3 % en février et de 20,1 % en un an, pour atteindre le chiffre de 58 860 (catégorie A). Ces données confirment un certain ralentissement de la hausse en Aquitaine par rapport au reste du pays. La perspective de nouveaux plans sociaux dans le Sud-Ouest et dans des entreprises importantes ne peut cependant pas garantir que cette tendance se maintienne.
2. La promesse du nombre de chômeurs par conseiller
La réforme prévoyait un « suivi mensuel personnalisé » par un conseiller qui devait s'occuper au maximum de 60 demandeurs d'emploi. En temps normal, la promesse était déjà difficile à tenir, compte tenu du temps nécessaire pour former les agents de l'un et de l'autre service public. En raison des chiffres du chômage, elle est devenue impossible à respecter.
Selon des données relevées par le syndicat SNU du Pôle emploi à la date du 13 mars dernier, le nombre de demandeurs d'emploi avait atteint 219 à l'agence d'Arcachon, 251 à Bergerac, 179 à Pau-centre, 213 à Bayonne, 203 à Périgueux.
3. La sécurité des agents en question
L'intersyndicale du Pôle emploi Aquitaine a attiré l'attention du Comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) pour que les agents bénéficient de mesures « pour prévenir les violences ». Selon un syndicaliste, les actes d'incivilité et même les agressions verbales se multiplient. Pour l'instant, ils ont été maintenus dans certaines limites, mais les agents commencent à craindre chaque jour qu'un incident ne dégénère.
4. La gratuité du 39 49
Les demandeurs d'emploi, qui avaient obtenu la gratuité pour leurs appels à l'ANPE sur le 39 49 appelé depuis un téléphone fixe, doivent faire face aux nouveaux opérateurs téléphoniques. Ceux-ci ne reconnaissent pas les numéros de portable et les soumettent à une surfacturation qui dépend de l'opérateur. Comme les demandeurs d'emploi se servent de plus en plus de leur téléphone portable, la gratuité de l'appel au Pôle emploi est de plus en plus remise en cause. Laurent Wauquiez a commencé des négociations avec les opérateurs pour en revenir à cet acquis.
5. Le choc des cultures
La fusion de l'ANPE (27 000 agents en 2007) et des Assedic (16 000 salariés en 2007), qui a été scellée par la loi de février 2008, a été un véritable choc.
D'un côté, les agents de l'État à l'ANPE (administration créée en 1967), et de l'autre des salariés de droit privé relevant d'associations paritaires gérées conjointement par le patronat et les syndicats. Les avantages acquis (jours chômés, frais) liés à la gestion paritaire, et à une situation financière moins contrainte, ont souvent été mal vécus par les anciens de l'ANPE, qui ne pouvaient pas y accéder. L'abîme existant entre les méthodes de travail de ceux qui n'avaient qu'à appliquer les méthodes de calcul de droits aux indemnisations et ceux qui devaient parfois motiver les demandeurs d'emploi à accepter les propositions qu'on leur faisait ou inciter les employeurs à ne pas chercher « l'oiseau rare » qu'ils n'avaient pas dans leurs listes a été difficile à combler en quelques mois.
(1) Les chômeurs de catégorie A sont ceux qui n'ont exercé aucun emploi dans la période considérée.