La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
C'est en tout cas la position adoptée par la présidente de l'association, Joëlle Moreau. « Je n'ai pas envie de critiquer les agents et les directeurs territoriaux. Il faut leur laisser un peu de temps pour juger de l'éventuelle efficacité de la fusion entre l'ANPE et les Assedic, effective depuis le 5 janvier », dit-elle.
Pas question cependant d'attendre les bras croisés en cette période noire pour l'emploi. La semaine dernière, lors d'une entrevue avec la direction régionale du Pôle emploi, elle a tenté de faire avancer des points. Joëlle Moreau a demandé que le 39 49 devienne un numéro d'appel gratuit alors qu'il est facturé actuellement entre 20 centimes et 1 euro. Elle a également reçu l'assurance que les coordonnées des associations oeuvrant contre la précarité soient affichées dans les centres du Pôle emploi.
Côté chiffres, il lui a été confirmé qu'actuellement, entre 30 et 300 personnes s'inscrivent tous les jours auprès de l'organisme. Quant aux lenteurs de gestion, il en ressort que 3 000 dossiers sont en attente en Aquitaine. Il y en aurait plus de 30 000 sur toute la France.
La hache de guerre
Sur le cas épineux des radiations, 0,20 % seraient dues à un refus d'offre d'emploi et 90 % à des absences à convocation. Cette fois, la hache de guerre est déterrée. Et c'est le gouvernement qui en prend pour son grade.
« Si on analyse, on se rend compte que tout a été mis en place pour radier les gens. Il suffit de lire la loi ''droits et devoirs des rechercheurs d'emploi'' pour s'en convaincre. Nous, on se bat pour que Pôle emploi reste public et on conteste le fichage et les contrôles d'identité au moment des inscriptions. Nous ne sommes pas dans un sous-service de police et c'est pourtant le sentiment que nous avons avec l'instauration du Dossier unique du demandeur d'emploi (DUDE) », poursuit Joëlle Moreau. « On nous tient un discours d'une violence extrême en culpabilisant les chômeurs. Cela ne date pas du Pôle emploi mais, avec l'apparition des emplois dégradés, le phénomène s'est accentué. Le chômeur est devenu la tête de Turc. En l'infantilisant et le diabolisant, on tente de lui supprimer ses derniers moyens de subsistance », affirme Sandra Aimard, inscrite à l'ANPE mais pas considérée comme demandeur d'emploi du fait d'une recherche de travail à mi-temps.
Selon l'association AC ! Agir ensemble contre le chômage, elle n'est pas la seule dans ce cas. Les RMistes, par exemple, ne seraient que 20 % à être inscrits comme demandeurs d'emploi, ce qui rend un fier service aux statistiques.
« Ça ne va pas du tout et ça risque de péter. » Carl Pivet, la cinquantaine, intérimaire, ancien commercial dans le domaine de l'ameublement avec vingt ans d'expérience, résume un sentiment qui gagne du terrain. Avec quatre mois de travail en CDD en 2008, il n'a pas totalisé les six mois de salaire nécessaires pour prétendre aux indemnités. Aujourd'hui, il dit survivre avec les 400 euros mensuels du RMI. Quant au Pôle emploi, il estime qu'« il ne répond pas à ce qu'on lui demande » et « refuse des demandes de formations professionnelles, invoquant qu'il n'y a plus d'argent ».
« La fusion est arrivée au plus mauvais moment et démontre un manque de perspective dans une stratégie purement libérale. À tel point qu'on ne s'adresse plus à des demandeurs d'emploi mais à des clients. Chaque conseiller ou agent devait recevoir de 60 à 80 personnes et ils en sont à près de 200. Les cultures ANPE (public) et Assedic (privé) sont très différentes et cela se ressent sur l'accueil avec une certaine forme d'incompétence. Ce n'est pas la faute du personnel. La seule chose qu'on pourrait lui reprocher, c'est de ne pas user de son droit à la désobéissance », conclut Joëlle Moreau.