Le nouveau capitaine de Pôle emploi veut remonter le moral des troupes
Le prochain patron de Pôle emploi veut redonner confiance aux agents
6 décembre 2011
(Saint Nicolas)
Jean Bassères, qui doit prendre prochainement la tête de Pôle emploi, a affiché mardi son intention de redonner "confiance" et même "fierté" aux agents de cet organisme, tout en faisant montre de réalisme face aux moyens dont il disposera.
L'actuel chef de l'Inspection générale des finances était auditionné par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale qui, comme son pendant du Sénat, doit valider sa candidature, déjà avalisée vendredi dernier par le conseil d'administration de Pôle emploi.
En pleine envolée du chômage, le nouveau directeur général sera chargé de mettre en musique, à moyens constants, une nouvelle feuille de route pour l'organisme public d'aide aux chômeurs qui, trois ans après sa naissance, ne semble toujours pas sorti des turbulences de la fusion ANPE-Assedic.
Affirmant qu'il "assumerait pleinement", s'il était nommé, la nouvelle convention négociée par l'Etat, l'Unedic et Pôle emploi, Jean Bassères a souhaité "essayer de donner un second souffle", à Pôle emploi, et "susciter l'adhésion des collaborateurs", indispensable à "l'efficacité" du service.
"L'enjeu managérial est de redonner confiance et si j'ose dire de la fierté" aux agents de Pôle emploi, a-t-il dit, tout en rendant hommage au "travail considérable" accompli par l'architecte de la fusion, Christian Charpy, aujourd'hui en fin de mandat.
Aussi accorderait-il "beaucoup d'attention" à l'amélioration des conditions de travail, "une préoccupation forte de l'équipe", estimant que de bonnes conditions rejailliront "sur l'état d'esprit (des agents) et donc leur efficacité".
Mais l'homme qui a fait une carrière essentiellement dans les finances publiques n'a pas manqué de souligner que la convention tripartite prévoyait un retour à l'équilibre financier d'ici à 2014, prônant de ce fait le "réalisme".
"C'est dans l'intérêt de Pôle emploi de rétablir ses comptes", a-t-il estimé.
A propos des moyens en personnels, décriés comme insuffisants par les syndicats, Jean Bassères a estimé que le seul maintien des effectifs "témoignait de la priorité accordée par les pouvoirs publics à Pôle emploi".
Pour lui, une seule solution : s'adapter, "aider les conseillers à faire des choix", car il s'est dit "convaincu que tous les demandeurs d'emploi n'avaient pas les mêmes besoins". "Il va falloir être sélectif (...) raisonner à moyens donnés et faire au mieux", a-t-il lancé.
Le responsable a clairement fait comprendre qu'il ne faisait pas un dogme du portefeuille de 60 dossiers par conseiller, un objectif fixé alors qu'on était "dans l'hypothèse d'un chômage à 5%", et non 9,3% comme aujourd'hui. Il a mis en garde contre toute attitude arc-boutée sur la taille des portefeuilles qui mènerait à "l'impasse".
Il a aussi annoncé que ses premières initiatives seraient orientées vers la concertation : "J'aurai besoin de prendre le pouls" du service "et j'organiserai rapidement des déplacements sur le terrain, des rencontres avec les partenaires sociaux", a-t-il dit.
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Marc Landré (Le Figaro) était présent à l'audition de JB à l'Assemblée Nationale.
Voir son témoignage sur son site "Les dessous du social" link
Jean Bassères, le (si tout va bien) nouveau directeur général de Pôle emploi, a été auditionné en fin d'après-midi par la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. Les dessous du social y étaient... Allez savoir pourquoi - le vote des députés, qui sera dépouillé demain à 11h, n'est que consultatif -, il n'y avait pas foule: à peine une vingtaine de députés, de droite comme de gauche, s'étaient déplacés. Peu, bien peu alors que la situation sur le front du chômage est on ne peut plus inquiétante... L'exercice était tout sauf évident, il faut le reconnaitre. Les questions des rares députés présents ont fusé sur toute sorte de thème (opérateurs privés de placement, taille des portefeuilles, stress au travail, nombre de conseillers, place des maisons de l'emploi, nouvelle convention tripartite, accompagnement, offres d'emploi, suivi mensuel personnalisé, gouvernance, médiateur, offres raisonnables...) si bien que l'impétrant - qui, par définition, ne connait pas la maison - a eu beaucoup de mal à y répondre. "C'est toute la difficulté de ce genre d'audition, a reconnu Jean Bassères, à la sortie. Il y a énormément d'attentes et je ne peux que donner des lignes générales." En tout cas, le futur patron de Pôle emploi avait révisé avant de venir à l'Assemblée. Il a déroulé la nouvelle feuille de route, sans encombre ni fausse note. Il en a aussi profité pour affirmer quelques vérités auxquelles il croit. Primo, une taille de 60 demandeurs d'emploi par portefeuille est "objectivement impossible" à mettre en œuvre. "Elle avait été fixée avec un taux de croissance de 5%", a-t-il rappelé aux députés, surtout de gauche, qui se plaignaient des conditions de travail des agents. Soit, peu ou prou, moitié moins qu'aujourd'hui... Secundo, Jean Bassères se donne six mois - s'il est au final retenu, bien sur - pour proposer au conseil d'administration la déclinaison en matière d'accompagnement personnalisé de la convention tripartite. Tertio, il est conscient qu'il devra faire des choix en cas de hausse continue du chômage. La priorité des priorités pour lui, c'est l'indemnisation. Viennent ensuite, seulement ensuite, l'accueil, l'inscription et l'accompagnement des demandeurs d'emploi... Quarto, ne pouvant ni embaucher des CDD ou des CDI, il suggère de mieux cibler la prospection des offres pour pouvoir redéployer des agents sur l'accompagnement. "Je crains que l'on ne me ressorte souvent dans les semaines qui viennent le rapport de l'IGF sur les services publics à l'emploi", a-t-il d'ailleurs ironisé, en cours d'audition. Ce rapport démontrait très clairement que le service public de l'emploi français était notamment sous-doté dans l'accompagnement et le suivi des chômeurs par rapport aux standards européens. A la question de Pierre Méhaignerie qui lui demandait s'il était prêt à lancer des expérimentations de fusion de Pôle emploi, des maisons pour l'emploi et des missions locales dans certains territoires, Jean Bassères a répondu que l'agence avait besoin "de calme et surtout pas d'une nouvelle fusion". Il veut, dit-il, d'abord "finir le programme immobilier". A Dominique Tian qui l'interrogeait sur les offres raisonnables d'emploi et la traque aux faux chômeurs, sa marotte, le futur DG de Pôle emploi a botté en touche, prétextant ne pas avoir une connaissance suffisamment fine de ces questions pour avoir un avis... Les députés socialistes ayant décidé de s'abstenir (non contre lui, mais pour critiquer le manque de moyens accordés par le gouvernement à Pôle emploi), la nomination de Jean Bassères sera sans surprise validée demain par la commission. ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Le compte-rendu officiel de l'audition:
Audition AN Basseres 06.12.11
