Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.

Publicité

Le combat d'une conseillère Pôle emploi malvoyante.

Mumu, conseillère Pôle emploi malvoyante, défend son métier devant le tribunal des Prudhommes

dans-la-rue-c-est-aila-son-chien-guide-qui-aide-muriel-colo.jpgMuriel, dans la rue, avec son chien-guide Aila

 

« Je veux faire mon travail et pas les miettes que l’on me laisse »

Le-Progres.JPG 

19 mai 2011

 

Exit l’auxiliaire de vie professionnelle pour Muriel Colombet. Malvoyante, elle doit se reclasser vers un emploi autonome. Cette Stéphanoise était, lundi, face à Pôle emploi son employeur, aux Prud’hommes de St-Étienne

« J’ai encore pleuré ce lundi en conciliation. Mais je suis habituée maintenant. » Muriel Colombet n’est pourtant pas femme à baisser les bras. Pour cette malvoyante stéphanoise, se retrouver face à son employeur Pôle emploi aux prud’hommes, « c’est dur. » Certes, la présence de son avocat lyonnais M e Julien Michal la rassure. « Il m’a bien défendu, mais nous n’avons pas trouvé d’accord », déplore Muriel.

Muriel reste fébrile. Sa situation professionnelle dégradée la bouleverse. D’expliquer : « On m’a laissé gravir les échelons et maintenant on me coupe l’herbe sous le pied en me demandant de revenir à la case départ. » Elle ne décolère pas. Et fulmine contre Pôle emploi. Depuis huit mois. Depuis ce 15 septembre 2010 où le couperet tombe. Sans prévenir. Exit l’auxiliaire de vie professionnelle à temps plein qui épaule, depuis 2006, cette malvoyante de naissance.

Sans elle, impossible de remplir sa mission de conseillère à l’emploi à la plateforme de vocation de la Loire, rue de la Montat à Saint-Étienne. Aujourd’hui sous antidépresseur « pour la première fois de sa vie », elle est en arrêt maladie pour harcèlement professionnel. La Sécurité sociale reconnaît même l’accident du travail. Pourtant, aucun reproche ne lui a été adressé. Et pour cause. Muriel est une battante, malgré son handicap. Une philosophie qu’elle applique depuis son plus jeune âge. « Tout le monde ne réagit pas de la même manière face au handicap. Moi ma mère m’a appris à être autonome, malgré ma dégénérescence de la rétine. » Elle suit donc un parcours scolaire normal, malgré une vue quasi nulle. Sauf des classes de 6 e à la 3 e où dans un institut spécialisé, elle se forme au braille. Grâce à ce système d’écriture tactile à points saillants, et quelques autres petites combines pour vivre « normalement », Muriel obtient son bac et suit une formation de secrétariat dédié aux aveugles et malvoyants. Elle peut donc occuper un emploi réservé. Elle opte pour l’ANPE. Elle est d’abord standardiste. « 20 des 25 aveugles embauchés aujourd’hui en France par Pôle emploi sont derrière un téléphone avec un poste informatique adapté à leur handicap. »

« Petit à petit, j’ai fait mon trou et j’ai évolué professionnellement, portée par le collectif et grâce à un fort investissement personnel. » En 2006, Muriel accède au poste de conseillère à l’emploi. « On m’a alors accordé le bénéfice d’une tierce personne. À contrat à durée déterminée, elle m’épaulait dans des tâches que je ne pouvais pas exécuter » explique Muriel. Par exemple, pour se rendre dans certaines entreprises loin géographiquement afin de démarcher des emplois. « Je n’ai en effet jamais osé demander de passer le permis de conduite », s’amuse Muriel. Les successifs binômes fonctionnent plutôt bien. « Quand elle relisait mes écrits, moi, je travaillais sur d’autres dossiers. »

Aujourd’hui Pôle emploi veut la voir occuper un emploi où elle peut travailler seule. « Au standard, par exemple. Mais en fait, personne ne sait vraiment quoi me proposer. Mais moi je veux faire mon travail et pas les miettes qu’on me laisse », maugrée Muriel. « Elle n’a pas d’autre choix que d’accepter une reconversion, un reclassement vers une auto déqualification sous astreinte », précise César Sulli, représentant du personnel SNN au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Pôle emploi. De reconnaître « des responsables locaux désolés de cette décision, prise au plan national. Et l’établissement ose se prévaloir d’une « nouvelle politique, vertueuse » qui viserait à favoriser l’autonomie des travailleurs handicapés. » « Hypocrisie », tonnent Muriel et César.

La conciliation, organisée, hier, au conseil des Prud’hommes de Saint-Étienne, a achoppé. « Il m’ont dit que j’avais fermé la porte à toutes leurs proposition. Le seul poste possible pour moi, en toute autonomie, est la télé prospection. Pour les autres, l’établissement m’enlève les deux-tiers du poste. Tout ce que j’espère, c’est que Pôle emploi me fasse des propositions acceptables avant de se retrouver devant le juge. » Soit le 19 décembre.

Qu’attend Muriel avant cette date fatidique ? « Retrouver les conditions de travail que j’avais jadis. Mais je veux des garanties. Qu’est-ce qui me dit qu’on ne me fera pas un petit dans le dos dans six mois ? » Sinon, elle se remettra sur le marché du travail… via Pôle emploi. « Mais je suis lucide : je ne vais pas être facile à recaser. »

Impossible pour Muriel Colombet de rester sans emploi. « J’ai besoin de travailler pour avoir une vie sociale. Parce que si j’avais voulu avec mon handicap, j’aurais pu ne jamais travailler et vivre d’allocations », conclut-elle, amère.


Véronique Miot

bandeau luttes
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
<br /> Bonjour,<br /> Je tiens à vous faire mes sentiments d'amitié car moi, quand j'ai commencé à l'ANPE,il y a maintenant 12 ans, j'avais comme tutrice une collègue mal-voyante.Je n'ai jamais ressenti de faiblesse<br /> dans ses conseils ni dans sa posture, euh...oui, sauf quand parfois dans les couloirs, elle pouvait me croiser sans me reconnaître!Je lui serai toujours reconnaissante car, moi je venais d'un<br /> département assez éloigné (la Martinique) et j'avais été affectée en Ile-de-France.Dans cette agence il y avait 2 TH dont cette dame, et elle "valait" sur le terrain tout autant que n'importe quel<br /> collègue.<br /> Je trouve cet établissement de plus en plus infect, je ne reconnais plus dans ces "valeurs"...<br /> <br /> <br />
Répondre
B
<br /> @ paul hochon<br /> <br /> merci, je pense pouvoir remarcher à peu près ce week-end (pas de miracles là-dedans, juste l'action efficace de mon orthopédiste.... mais le moral remonte!!!)<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> J'ai une collègue conseillère non voyante qui, pour l'instant, est aidé par une charmante femme en CUI CAE temps partiel (recouvrant majoritairement les plages SMP et flux). Je m'inquiète pour<br /> elle.<br /> <br /> Courage à Mumu, ta détermination est juste.<br /> <br /> Et meilleure santé à toi Baghéra<br /> <br /> <br />
Répondre
W
<br /> C'est non seulement "bon courage" qu'il faut dire à Mumu, mais aussi "bravo !". De ne pas se laisser faire, de ne pas accepter n'importe quoi, de se battre pour sa dignité et sa reconnaissance au<br /> travail...<br /> BRAVO<br /> <br /> <br />
Répondre
B
<br /> Du fond de mon fauteuil roulant où de petits soucis liés à mon handicap me clouent en ce moment, tout mon soutien solidaire, Mumu.<br /> <br /> Courage à toi.<br /> <br /> <br />
Répondre