La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Le Parisien 7 septembre 2012
l ne fallait pas s’attendre à un miracle. Alors que la France vient de franchir le seuil alarmant des 3 millions de chômeurs, la Seine-Saint-Denis voit aussi sa situation se dégrader sur le front de l’emploi. Comme souvent, cette dégradation est plus importante que dans le reste de l’Ile-de-France.
En juillet, 1880 demandeurs de plus se sont inscrits auprès de Pôle emploi (+ 2% depuis juin). Il sont désormais 130527 (catégories A, B, C, qui comprennent ceux qui n’ont pas travaillé du tout et ceux qui ont travaillé quelques heures). Le taux de chômage atteint au 1er trimestre 2012 12,2% en Seine-Saint-Denis, contre 8,5% pour la moyenne régionale. La tendance est lourde. De juin 2009 à juin 2012, le nombre de chômeurs de catégorie A (n’ayant exercé aucune activité) a bondi de 25,33% sur le territoire. Les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) sont eux aussi beaucoup plus nombreux : 81868 personnes en mars, contre 68217 en juin 2009.
Livry-Gargan alerté par la hausse des impayés de cantine
Le chômage, lui, augmente partout. Saint-Denis, ville la plus peuplée du département, compte aussi le plus de chômeurs : 7528 (+ 26,96% depuis 2009). Dans 11 communes, l’augmentation en trois ans dépasse les 30% selon les chiffres de la Dirrecte. Parmi elles, de toutes petites communes où la moindre augmentation est toujours spectaculaire (passée de 163 à 187 chômeurs, Gournay affiche ainsi la progression record de 42,75%).
Toutefois, il y a aussi des villes dites « intermédiaires », celles où les populations modestes côtoient des catégories plus aisées. C’est le cas de Livry-Gargan, peuplée majoritairement de cadres supérieurs et de cadres intermédiaires, où le chômage a progressé de 31,83% de juin 2009 à juin 2012. Pour la première fois, la mairie a lancé une « analyse des besoins sociaux » de sa population afin de répondre aux difficultés des familles. « Des signes nous ont alertés : les impayés de cantine, les problèmes de loyers », glisse-t-on au cabinet du maire (divers gauche), Alain Calmat, qui redoute la période à venir. « La moitié des salariés qu’on reçoit pour les médailles du travail sont employés chez PSA ou chez Air France. »
Montreuil résiste grâce au futur centre commercial
Dans la commune voisine des Pavillons, on a franchi il y a quelques mois le seuil symbolique des 1000 chômeurs pour 21443 habitants, + 32% depuis juin 2009. « La crise a d’abord touché de plein fouet les personnes les plus en difficulté, mais ça se généralise », assure Valérie Tacq, chef de projet ville RSA, qui a accueilli récemment l’ancien gérant d’une épicerie : « Il venait de déposer le bilan. Or les épiceries font partie des commerces qui ne ferment pas d’habitude. »
A Aubervilliers, le maire PS, Jacques Salvator, insiste sur les multiples actions mises en place, comme les « mois de l’emploi » — dont la prochaine session débutera dans quelques semaines. Et il évoque un point encourageant : « Le chômage des plus de 55 ans augmente, mais celui des jeunes s’est stabilisé avec l’arrivée du centre commercial et d’entreprises d’insertion sur la ville. »
Le nouveau centre commercial, qui sera inauguré en octobre dans le centre-ville, c’est peut-être ce qui sauve Montreuil, qui résiste étonnamment bien. « Ce qui est très positif dans le contexte actuel, c’est que, sur un an, le nombre d’inscrits supplémentaires est à 0. Et les offres déposées augmentent même de 1,1%. » La mobilisation de tous les acteurs de l’emploi et la charte de l’emploi local auront payé : une trentaine de magasins du centre-ville pourvoiront au total 200 emplois locaux, dont 55 pour le seul Carrefour Market. « Grâce aux ateliers de préparation des candidats et aux recrutements par la méthode de simulation, on a pu faire embaucher un public habituellement loin de l’emploi », se réjouit Sophie Damolida, la directrice du Pôle emploi de Montreuil.