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La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.

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Pôle emploi: la violence institutionnelle

Pôle Emploi : la violence et l’ennui

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Libération 10 janvier 2011

 

Par PATRICIA APICELLA Porte-parole régionale de Solidaires SUD emploi Midi-Pyrénées


En décembre 2008, en pleine crise, l’Assedic et l’ANPE fusionnaient pour devenir Pôle Emploi. Nous prévoyions que les usagers seraient les premiers à pâtir de cette opération bâclée ; ce fut le cas. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est l’ampleur du changement en termes de management pour les 50 000 agents de Pôle Emploi. L’établissement n’a su répondre aux angoisses de ses employés que par un durcissement féroce dans la gestion des ressources humaines.
La parole s’est libérée au sein de Pôle Emploi. Personne ne sursaute lorsque la hiérarchie traite les syndicalistes de fainéants, les agents en grève de débiles profonds, les seniors de vieux (vieilles). Cette violence verbale et organisationnelle pose question. Il n’y a plus de barrières, le harcèlement a aujourd’hui droit de cité. Les plus agressifs des cadres se sentent autorisés à renvoyer sur leurs subordonnés la pression qu’ils sont incapables de gérer.
L’agent de base est comptable de ses résultats, isolé, surresponsabilisé. Il a son portefeuille de demandeurs d’emploi et d’entreprises, ses dossiers d’indemnisation. C’est sur lui seul que repose la charge, non sur le collectif. Paradoxalement, enfermé dans un planning qui découpe ses actes professionnels en procédures de type industriel, il n’a plus aucune marge de manœuvre. Ses rares moments d’autonomie sont suspects. La demi-journée hebdomadaire de fermeture au public doit être rentabilisée de la première à la dernière minute. Il n’y a plus une miette d’organisation individuelle. L’agent doit s’acquitter de tâches planifiées par l’équipe de direction, et en rendre compte personnellement en fin de journée. La confiance a totalement disparu. L’infantilisation, l’asservissement sont la règle. Il ne s’agit plus de chercher des solutions pour l’usager, mais de réajuster des chiffres de production afin d’atteindre les objectifs fixés aux encadrants.
Bien que tout espace d’initiative ait été supprimé, le contrôle s’est renforcé. Le «reporting», compréhensible lorsque l’individu dispose d’une certaine autonomie, n’est plus que du simple flicage. On demande à l’agent de justifier des écarts de réalisation entre lui et ses collègues. On le renvoie à ses résultats chiffrés, sans référence aux moyens dont il dispose. Or, tous les rapports depuis des mois pointent le manque criant de ressources à Pôle Emploi. Le contrôle s’opère, entre autres, lors d’entretiens de suivi d’activité, inscrits dans le plan de prévention des risques psychosociaux. Présentés par la direction comme des espaces de dialogue, ces entretiens managériaux se révèlent être des huis clos stressants entre le responsable d’équipe et son agent. Sans cadre et sans compte-rendu, ils permettent toutes les outrances. A tour de rôle, chacun se voit comparé aux autres, sans prise en compte du réel travail effectué auprès des usagers, et sans mesure de ses compétences acquises.
Les victimes sont le plus souvent des agents en poste en structure (direction régionale, départementale). Leur force de travail n’étant pas directement liée à la production de chiffres, ils sont plus facilement écartables. Des personnes qui ont des années d’ancienneté, des compétences autrefois reconnues sur des dossiers pointus, se retrouvent devant un téléphone silencieux, une boîte mail déserte. Ce sont souvent des cadres, dont le nombre pose problème. La fusion a mécaniquement généré des doublons en réunissant les agences et les directions. Qu’il s’agisse d’une mesure vexatoire ou que leur poste ait été supprimé, ces cadres se retrouvent privés de leurs tâches, écartés des réunions, sans informations, oubliés. Le placardisé se voit contraint d’aller mendier une occupation quotidienne, pendant que son voisin de bureau croule sous le travail. Personne ne demandera son aide, personne ne partagera rien avec lui, de peur de se retrouver soupçonné de collusion. Très vite, l’agent tourne en rond, se déqualifie et déprime. Ses acquis professionnels deviennent obsolètes, et de placard en placard, il finira par partir, tomber malade ou démissionner, au grand soulagement de ses collègues et de ses supérieurs.
Que faire de ce triste constat ? Une institution qui permet ces pratiques est toxique pour l’ensemble de ses membres, et préjudiciable à ses usagers. Si elle ne génère pas encore des processus assumés de casse du personnel, comme France Telecom, elle prend un chemin qu’il sera très difficile de faire à rebours. Est-ce une politique de fond ou un épiphénomène lié à la fusion ? Qu’importe, les dégâts sont commis, et certains sont irréversibles. Pour les agents de Pôle Emploi, confrontés à une violence institutionnelle sans précédent, mais aussi pour les demandeurs d’emploi.
Un établissement qui ne respecte pas sa propre force de travail a perdu le sens de sa mission. Il n’a aucune raison de respecter ses usagers, placés en position de faiblesse et contraints d’accepter toutes les dérives.
Quid des forces de refus en interne ? Si Pôle Emploi travaille à éradiquer la notion même de collectif, ce n’est pas un hasard. La convention collective est un facteur de division supplémentaire entre agents de droit public et agents de droit privé. Les cultures syndicales de l’ANPE et de l’Assedic sont aux antipodes. Seules des actions sporadiques ou individuelles voient le jour. Alors que le chômage atteint un niveau record en 2011, et que les prévisions sont pires pour 2012, la question est pourtant cruciale : quel service public les agents de Pôle Emploi pourront-ils encore offrir aux sans-emploi de demain ?

 

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A
Bjr Patricia,<br /> Tous mes voeux pour que la conciliation se passe comme tu le souhaites.<br /> Mais je suis d'accord ... ON FAIT QUOI avec tout ça ?<br /> Le sentiment que si aucune décision "étique", humaine, à l'encontre des normes industrielles imposées depuis la fusion ...<br /> et qui n'ont aucune corrélation avec un service de proximité mieux rendu (ça se saurait sinon !), n'est pas prise d'en haut ...<br /> la dégradation se poursuivra.<br /> Tout les collègues sont maintenant impactés par ces modèles industriels (lean, 6 sigma, et autres aberrations créées par Toyota et d'autres grosses industries) qui n'affichent pas leur nom ...<br /> mais qui montrent leurs conséquences quotidiennement.<br /> De mon avis ils n'ont aucune légitimité pour le travail réalisé par les conseillers emploi ... trop d'incertitudes à chaque cas.<br /> Pour chaque personne reçue, il y a sa situation, mais il y a aussi sa personnalité, et aussi son environnement familial et relationnel, son parcours, sa vision, ses freins, ses qualités, sa<br /> formation, sa santé, etc...<br /> Et un "éclairé" voire "illuminé" a rassemblé tout ces éléments en pensant que c'était suffisant pour permettre de faire ce travail d'accompagnement par n'importe qui ???<br /> Beau PLOUF ... mais faut avancer maintenant<br /> et tant qu'à faire pas dans la même direction !
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P
Avec tout ça, on fait quoi ?<br /> J'attaque Pôle Emploi Midi-Pyrénées aux Prud'hommes pour harcèlement (conciliation demain...). Je le fais individuellement, bien sûr, mais je ne le fais pas que pour moi. Il ne s'agit pas de gagner<br /> des sous sur la bête, mais de montrer qu'on peut agir, réagir, se battre. Ces pratiques managériales, qu'elles touchent des agents en agence, en structure, cadres ou pas cadres, sont néfastes voire<br /> dangereuses. Je vois assez de collègues en grande détresse pour en être convaincue.<br /> Je suis persuadée qu'en laissant faire, on va à la catastrophe humaine ("coupé par le monde du travail", comme dit jipekar, c'est terrible) et ceci évidemment sans aucun bénéfice pour les usagers<br /> de Pôle Emploi.<br /> Oui, j'aimerais moi aussi voir ici des témoignages... et qui sait, si notre nouveau DG lit "La Fusion", cela lui donnera peut-être des éléments qu'il n'imagine même pas ;-)
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T
adler,doudou,vae victis : vos réflexions, s'il s'agissait d'un cadre rentré directement dans une structure, ne seraient pas dénuées de tout fondement. La, vous l'avez dans le cul !<br /> Patricia, est partie de la base, et connait très bien notre taf ! Avec une mobilité professionnelle et géographique.<br /> Elle a juste oublié, comme moi, et bien d'autres, que la Société en cours de construction t'offre deux solutions :<br /> "ou tu es coupé du monde du travail,<br /> ou bien, tu es coupé PAR le monde du travail" jipekar
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A
@PATRICIA APICELLA<br /> bonjour et merci pour cette analyse claire et fine.<br /> <br /> Ne manquent à ce jour que les témoignages sur le blog de la fusion ... plutôt que les éternels échanges stériles entre certains nappés d'intransigeance, de rejet, d'ironie, de sarcasme, et<br /> d'inutiles provocations.<br /> bises et merci encore<br /> c'est toujours bon d'avoir des mots pour les maux
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C
il est certain qu'à ce rythme, on finira par produire plus de batons statisitiques que de prestations réelles...<br /> mais patience, çà ne saurait tarder.
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