La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Il aurait pu l'être bien plus sans toutes les mesures que nous avons prises. Il y a eu 450.000 destructions d'emplois, c'est évidemment beaucoup trop, mais je vous rappelle qu'on nous en avait prédit 700.000. Nous n'avons pas pu arrêter la crise mais nous avons réussi à en amortir le choc social. La politique de l'emploi a produit des résultats parce que nous avons abandonné la logique de l'Etat pompier. Rappelez-vous, en janvier-février 2009, nous étions sur une tendance de 100.000 chômeurs de plus par mois. Puis il y a eu le plan de relance, la mobilisation pour l'automobile, toutes les mesures pour l'emploi, et on a réussi à infléchir la tendance. Nous sommes ensuite revenus à un rythme de 15.000 à 20.000 demandeurs d'emploi et nous avons fini l'année sur un recul.
En tout cas, avec Christine Lagarde, nous avons raisonné à l'opposé de la relance par la consommation proposée par le Parti socialiste, dont on a vu le résultat catastrophique en Angleterre. Une des leçons de la crise, c'est que ce qui marche, ce n'est pas la vieille politique du guichet, de l'assistance. Ce qui marche, c'est le développement d'outils actifs, de mesures simples applicables vite par les entreprises : le dispositif zéro charges, qui a concerné 800.000 emplois ; l'embauche de développeurs chargés de prospecter dans les entreprises, qui a permis de redresser la barre sur l'alternance ; l'opération former plutôt que licencier dans le cadre de l'activité partielle.
Si l'on ajoute les salariés en activité partielle qui ont bénéficié d'une formation grâce au Fonds d'investissement social, ceux formés grâce au FNE ou dans le cadre d'accords de branche, on arrive à au moins 100.000 personnes, dont 50.000 rien que dans la métallurgie. Je vous accorde qu'on est au début du chemin, mais nous avons changé de logique. Mon travail, c'est de mettre le logiciel emploi dans chaque compartiment de l'action gouvernementale pour accompagner les recrutements en anticipant les formations pour faciliter les reconversions : les emplois verts avec Jean-Louis Borloo et Valérie Letard, les emplois gris avec Xavier Darcos et Nora Berra, la reconquête des emplois industriels avec Christian Estrosi, les emplois du Net…
Sur ce point, les résultats n'ont pas été bons l'an dernier. 2010 doit être l'année du redressement, c'est le souhait du président et du Premier ministre. Mais quel chemin parcouru en un an ! La fusion entre l'ANPE et les Assedic traînait dans les cartons depuis une trentaine d'années. Nous avons fusionné le réseau, commencé à changer de méthodes de travail, tout cela en pleine crise. Malgré une hausse de la charge de travail de 30 %, il n'y a pas eu de défaillances dans l'indemnisation, contrairement à 1993. Nous avons posé les fondations l'année dernière. Cette année, nous devons donner la priorité à l'amélioration des services rendus aux demandeurs d'emploi, notamment sur la formation, et aux entreprises. Nous sommes l'un des seuls services publics de l'emploi entièrement gratuits pour elles en Europe.
Pas seulement, je veux qu'on passe d'une culture administrative d'enregistrement des offres à une culture où on apporte un vrai service de recrutement aux entreprises comme au Québec. Outre le 39.95, numéro de téléphone unique pour déposer des offres, nous devons développer nos partenariats avec les entreprises qui embauchent. Et il faut que Pôle emploi devienne une force d'appui-conseil en RH pour le recrutement auprès des PME.
Lors de mes nombreux déplacements, j'ai pu constater que les agents ne veulent pas perdre cet aspect de leur travail. Au fur et à mesure que l'horizon va s'éclaircir, ce sera décisif d'aller saisir et accompagner les recrutements. Pour cela, nous devons aussi mobiliser les outils statistiques dont Pôle emploi dispose pour détecter les besoins d'embauche sur les territoires. Les régions comme Poitou-Charentes qui se sont appuyées sur ces enquêtes ont vu leur taux de satisfaction des offres presque doubler.
Pôle emploi est un service public, il doit trouver un équilibre entre satisfaire les employeurs et aider les gens éloignés de l'emploi, contrairement à eux.
Notre priorité, c'est d'abord d'aider les gens à retrouver un emploi. Nous devons donc mobiliser les outils qui le favorisent.
En 2009, pour la première fois, le taux d'emploi des seniors a augmenté d'un point. Nous avons refusé d'utiliser la vieille ficelle du traitement statistique du chômage même si, pour un secrétaire d'Etat à l'Emploi, c'est la solution de facilité. Là aussi, nous avons impulsé une vraie révolution culturelle et je ne peux que remercier les entreprises car elles ont joué le jeu. Le résultat quantitatif n'est pas négligeable : 80 branches couvrant près de 8 millions de salariés ont négocié : 66 d'entre elles couvrant 6,8 millions de salariés disposent déjà d'un accord validé.
Je reste confiant. Les entreprises sont encore sous le choc, cela pèse inévitablement sur leur vision à douze mois de leurs recrutements, mais, si la situation s'améliore, elles vont changer d'optique. Je pense d'ailleurs que le redémarrage des embauches devrait se faire d'abord par les cadres.