Ardennes / Dégradation du marché de l'emploi Hausse du chômage… de l'agressivité aussi !
Article paru le 28 février 2009 dans l'UNION
Selon les agents qui ont accepté de témoigner, si les agressions ne sont pas quotidiennes, elles sont « au moins hebdomadaires ».
Par rapport à janvier 2008, ils sont 16,5 % de plus à chercher un CDI dans les Ardennes. En première ligne, les agents du Pôle- emploi qui doivent contenir désarroi, colère et provocation.
21.493 Ardennais pointent au chômage en janvier 2009. Comparativement à 2008, au même moment, le nombre de demandeurs d'emploi - qui recherchent un temps plein en CDI * - a ainsi augmenté de 16,5 %. C'est plus que la moyenne nationale qui est de 15,4 %.
Parallèlement, et sur la même période, le nombre d'offres d'emploi collectées a diminué de 39.9 % - 918 annonces en janvier 2008 contre 557 nouvelles en janvier 2009.
« On n'a pas d'offres à proposer, on n'a rien », témoigne un agent de pôle emploi qui souhaite témoigner anonymement. « Les gens s'énervent, on sent que ça monte. Beaucoup acceptent mal d'être licenciés, ça se comprend. Ce n'est pas facile. Mais nous n'y sommes pour rien. »
Un autre ajoute : « Les gens viennent réclamer. Ils nous considèrent comme responsables. On l'est quelquefois, mais pas toujours ».
« Les agents se plaignent de plus en plus. Il y a de plus en plus d'agressivité à l'accueil physique et téléphonique », confirme la déléguée syndicale FO, Béatrice Delizée. Les différents agents qui ont accepté de témoigner ne dénoncent pas des agressions quotidiennes, mais « au moins hebdomadaires ». Essuyer des insultes semble être fréquent, presque banal, mais ces derniers temps l'agressivité a augmenté d'un cran dans certaines agences.
Menaces de mort au téléphone, femme menacée d'être frappée, coups de poing dans du mobilier… La police municipale a déjà dû
se déplacer une fois pour calmer le jeu. Et les agents craignent de croiser certains demandeurs d'emploi dans la rue.
Néanmoins, ils ne font pas l'amalgame avec les nouveaux inscrits et relatent anonymement que les problèmes surviennent plutôt dans des cas limites, de fraudes découvertes ou de personnes radiées. Ces comportements violents ne sont pas pléthores, mais ils s'ajoutent à un marché du travail tendu qui génère un gros travail.
« Certains agents doivent suivre 200 dossiers », argumente Béatrice Delizée. Et la fusion ANPE-Assedic est encore mal digérée.
Officielle depuis le 19 décembre 2008, elle n'est effectivement visible dans les Ardennes qu'à Rethel.
A Charleville, les entretiens d'inscription ont lieu rue Montjoly où l'ex-Assedic héberge des agents ex-ANPE. Sur ce point aussi Béatrice Delizée s'inquiète : « Il n'y a pas eu assez de réflexion en amont. Les agents vont avoir quelques jours de formations, là où il faut un an pour être opérationnel. ».
FO revendique des moyens humains et une meilleure formation adaptée aux missions et à la demande des usagers.
Conséquences prévisibles au quotidien : du temps d'attente pour les usagers et des difficultés à répondre aux questions pour les agents…
Beaucoup d'éléments en somme qui détériorent les conditions de travail et, par ricochet, le service rendu.
Et la situation ne s'améliorera pas avec le transfert prévu au Pôle emploi des personnes en Contrat de transition professionnelle (CTP), pour le moment gérées par l'Afpa, CTP qui, soit dit en passant, n'est pas inclus dans le taux de chômage.
Nathalie Diot
