La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
La fusion pour les nuls au secours de Christian Charpy
Rémi Barroux a réalisé une interview de Christian Charpy, qui n'a pu être diffusée dans Le Monde du 5 janvier, pour cause de grève des ouvriers du livre. La fusion pour les nuls répare cette terrible injustice, où une poignée de grévistes a pris en otage un malheureux Directeur, le privant du droit d'expression au sujet du fameux questionnaire, alors que Laurent Wauquiez a pu s'exprimer en toute tranquillité sur les ondes de Europe 1
Entretien : Le directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy, a présenté, mardi 5 janvier, une étude sur les risques psychosociaux aux syndicats de l'entreprise.
Quels sont les éléments les plus marquants de cette étude ?
Les agents subissent de plein fouet l'augmentation du chômage. Les 600 000 demandeurs d'emploi supplémentaires de 2009 pèsent sur leurs conditions de travail. A cela s'ajoutent les conséquences de la transformation de leur métier, liée à la création de Pôle emploi qui a fusionné deux institutions, deux cultures. Les chiffres les plus marquants de l'étude sont le sentiment des agents d'avoir une " charge de travail excessive ", " un travail très bousculé ", de " recevoir des ordres contradictoires ".
Cela ne révèle-t-il pas une crise spécifique du management ?
Les directeurs d'agence sont soumis à une forte pression liée au développement du nouvel organisme. Pour le mettre en oeuvre, ils doivent eux aussi acquérir de nouvelles compétences qu'ils n'avaient pas dans leurs anciennes fonctions, aux Assedic ou à l'ANPE. Ils n'ont pas eu assez de temps pour accompagner les agents. Nous allons les aider à mieux expliquer à leurs équipes les évolutions actuelles.
Pour répondre au malaise, que proposez-vous ?
Nous ouvrons, mardi, une négociation avec les syndicats pour trouver des solutions aux inquiétudes exprimées. La première question concerne la charge de travail. Nous avons effectué 3 000 embauches en 2009, auxquelles il faut ajouter 1 000 renforts temporaires en 2010. Leur répartition concernera les régions soumises à une pression particulière. Nous allons simplifier la manière de travailler au sein des sites mixtes et avancer sur l'unification informatique.
Des syndicats et des organisations de chômeurs réclament une pause dans la mise en place de ces sites mixtes...
Ce n'est pas une solution. Mais il faut réaffirmer que cette évolution ne signifie pas la mise en place d'un métier unique, qu'il reste des expertises spécifiques aux métiers de l'indemnisation et de l'accompagnement des chômeurs. L'ensemble des agents doit disposer d'un socle commun de connaissances pour pouvoir répondre aux premières questions des demandeurs d'emploi.
Après la grève du 20 octobre, j'ai apporté un certain nombre de précisions notamment sur l'organisation de l'accueil des demandeurs d'emploi : maintien de deux personnes tant que les agents ne disposent pas de ce socle commun. La formation aux différents métiers doit être renforcée. Il faut plus de temps et l'on va mettre en place une formation complémentaire. L'arrivée des psychologues de l'AFPA, au 1er avril, permettra de développer aussi l'activité d'orientation. Le site mixte est un lieu unique - on en est à 850 aujourd'hui sur les 907 que nous devions atteindre à la fin 2009 -, mais avec des métiers différents.
Nous avons temporairement diversifié le suivi mensuel pour qu'il puisse s'opérer par téléphone, par mail et pas seulement dans un rendez-vous physique. Nous envisageons aussi la création d'une équipe nationale de mutualisation sur les questions d'indemnisation, d'une soixantaine de personnes. Elle interviendra en agences pour soulager une charge de travail exceptionnelle. Tout cela afin de simplifier le travail des agents de Pôle emploi.
Propos recueillis par R. Bx