La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
La Voix du Nord 20 janvier 2011
Avec un taux de chômage à 12,6 % dans la région, on se bouscule au portillon des agences Pôle emploi. Nées de la fusion ANPE-ASSEDIC, elles inscrivent les demandeurs d'emploi, prospectent le marché du travail et collectent des offres d'emploi. Des documents internes que nous avons pu nous procurer montrent qu'en moyenne, chaque conseiller doit gérer un portefeuille de 180 chômeurs. De quoi mettre à mal le suivi mensuel personnalisé.
Sur le papier, c'était une belle idée. En 2006, Dominique de Villepin est Premier ministre. Le gouvernement met en place le suivi mensuel personnalisé. Pour résumer, chaque chômeur aura affaire à un seul et unique conseiller de référence, lequel le suivra, on vous le donne en mille, une fois par mois. On fixe même un quota idéal : chaque agent est censé suivre soixante demandeurs d'emploi. Le chômage n'a qu'à bien se tenir.
Davantage qu'ailleurs en France.
Presque six ans plus tard, le suivi mensuel personnalisé est toujours de mise. En revanche, les soixante demandeurs d'emploi par conseiller font figure de rêve inaccessible. Particulièrement dans le Nord - Pas-de-Calais où les portefeuilles de demandeurs d'emploi par conseiller crèvent le plafond. Selon Karim Khetib, le directeur régional de Pôle emploi, la moyenne pour la région s'élevait en décembre à 144 chômeurs suivis par conseiller contre 115 au niveau national (lire ci-contre).
Selon les documents en notre possession et notre mode de calcul, la moyenne régionale serait de 180 demandeurs d'emploi par agent. Soit trois fois le quota idéal.
Disparités territoriales.
Dans certaines agences, le vase déborde encore davantage. C'est le cas à Caudry où (toujours selon notre mode de calcul), chaque conseiller suit en moyenne 250 chômeurs. À Hem, le chiffre « descend » à 232. À Roubaix Sainte-Elisabeth, un agent suit en moyenne 230 demandeurs d'emploi. Dans le Pas-de-Calais, c'est l'agence de Berck-sur-Mer qui « décroche le pompon » avec 229 chômeurs suivis par conseiller. À l'agence Lens Bollaert, la moyenne est de 218.
Parallèlement, des agences s'en sortent plutôt mieux. C'est le cas, par exemple, à Saint-Amand avec 123 demandeurs d'emploi par portefeuille ou à Bapaume (114). Des sortes de paradis où les conseillers « gèrent » tout de même environ deux fois plus de demandeurs d'emploi que l'idéal de départ...
Conseiller décédé.
Ça peut paraître incroyable mais certains listings prennent en compte des conseillers en retraite, démissionnaires voire décédés après un long arrêt maladie comme c'est le cas à Anzin dans le document en notre possession. « Des personnes radiées depuis moins de six mois qui se réinscrivent sont automatiquement réintégrées avec le même conseiller référent même si celui-ci est parti en retraite », explique Cathy Marcurat, responsable suivi de la performance et pilotage chez Pôle emploi. Au directeur d'agence de remettre ses statistiques dans le sens de la marche.
Autre particularité statistique : de grandes disparités entre agents. Ainsi, une conseillère de l'agence d'Haubourdin est à la tête d'un portefeuille de 839 demandeurs d'emploi ! D'après les explications de Pôle emploi, il s'agit d'un membre de la hiérarchie qui sert de « gare de triage » avant que les demandeurs d'emploi soient affectés à d'autres conseillers. Après la fermeture d'un point emploi à La Bassée.
Il n'empêche, à l'agence de Tourcoing Centre, 73 % des conseillers sont à la tête d'un portefeuille de plus de 240 chômeurs. Soit quatre fois l'idéal. À Avesnes-sur-Helpe, 23,5 % des conseillers affichent plus de 300 demandeurs d'emploi au compteur. Cinq fois plus que ce dont Dominique de Villepin avait rêvé. Pour ces agents Pôle emploi, le suivi mensuel personnalisé relève tout bonnement de la mission impossible.
Comment avons-nous procédé pour obtenir une moyenne régionale de 180 demandeurs d’emploi par conseiller Pôle emploi ? Nous avons additionné les portefeuilles actifs de chaque conseiller Pôle emploi d’une soixantaine d’agences de la région (soit la quasi-totalité des agences). Pour le calcul de la moyenne, nous avons enlevé tous les conseillers annoncés à moins de deux rendez-vous par mois et qui donc n’exercent pas une réelle charge de conseiller. Une technique finalement très proche de celle utilisée par Pôle emploi. Comment expliquer dès lors l’écart entre la moyenne Pôle emploi (144) et la nôtre (180) ? « Le suivi mensuel personnalisé ne débute qu’au 4e mois de chômage, indique Cathy Marcurat, responsable suivi de la performance et pilotage, c’est à partir de là que nous comptabilisons le nombre de demandeurs d’emploi. » Dans le calcul « Voix du Nord », on compte les chômeurs quinze jours après leur inscription. Récents chômeurs mais chômeurs tout de même…
Le point de vue du Directeur Régional
Le point de vue d'un syndicaliste