La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
Refus de pratiquer l'EID:
La réponse d'Isabelle à son Directeur Régional
Isabelle de Léon
Conseillère à l’emploi
Site d’Occitane
31000 Toulouse
Monsieur le Directeur Régional
de Pôle Emploi Midi Pyrénées
Direction Régionale de Pôle Emploi
33-43, rue Georges Pompidou,
BP 93186
31131 Balma cedex
Objet : Observations suite à l’entretien du 29 Avril 2011
Toulouse, le 5 Mai 2011
Monsieur le Directeur Régional,
Vous m’avez convoquée pour un entretien le vendredi 29 Avril 2011, car vous souhaitiez entendre de vive voix les arguments qui motivent mon refus d’appliquer les nouvelles directives concernant l’Entretien d’Inscription et de Diagnostic.
Il m’a semblé que l’objectif de cet entretien était à la fois de cerner quelle était ma détermination, et d’appréhender ce que je comptais faire dans un proche avenir.
Vous m’avez demandée lors de cet entretien de vous transmettre mes observations par écrit, sous quinze jours.
Je souhaiterais, en préalable, revenir sur quelques points qui me paraissent essentiels.
Je n’accepte pas que vous résumiez ma position sur l’EID par un refus d’exercer mon métier.
En effet, l’EID est une nouvelle procédure, un nouvel acte métier que vous nous demandez depuis peu de mettre en œuvre. Depuis que j’exerce cette fonction de conseiller, je n’ai jamais refusé d’accueillir, d’informer et d’accompagner les demandeurs d’emploi, ni de gérer les contacts employeurs, et de traiter les offres dont j’ai la responsabilité, et ce malgré les conditions de travail dégradées qui nous sont faites depuis la fusion.
C’est donc bien l’introduction de ce nouvel acte métier qui me pose problème. Pourquoi ? Parce qu’il me met en contradiction et qu’il aggrave considérablement des difficultés déjà lourdes à assumer au quotidien.
Sur le plan professionnel :
J’invoque, effectivement, un principe déontologique, qui ne permet pas d’associer des interventions, pourtant complémentaires, dont les objectifs peuvent différer : celui de l’indemnisation, et celui de l’accompagnement. Si historiquement, ces deux actes ont été dissociés c’est qu’il est impératif, en termes de neutralité de ne pas être en même temps juge et partie.
D’autre part, former aujourd’hui des professionnels en capacité de répondre, même sur un premier niveau d’information, à des questions relevant de l’indemnisation, ne peut pas se réaliser en 4 ou 6 jours. La diversité des situations, et les particularités de chaque dossier, exige une stratégie de questionnement et de raisonnement qui réclame une formation, une pratique et une expérience que je n’ai pas et que je pense difficile d’acquérir, même en plusieurs mois, voire années ; car un métier, ce n’est pas qu’une formation, c’est aussi des aptitudes, sinon à quoi servirait l’orientation professionnelle ?
Je remarque donc que vous m’avez recrutée pour exercer un certain métier qui correspondait à mes aptitudes, ma formation, mon expérience, que vous le modifiez, et que vous me reprochez de ne pouvoir, ni ne vouloir l’exécuter.
Je suis étonnée que vous ne soyez pas sensible au fait que votre personnel soit soucieux de rendre un service de qualité au public reçu. Car enfin, il s’agit bien de cela.
Je ne veux effectivement, pas prendre la responsabilité d’exercer un secteur d’activité tout en n’étant pas en capacité de le faire dans de bonnes conditions, ce qui pourrait porter préjudice aux demandeurs d’emploi dont j’ai la charge. Il me serait même possible d’être, dans ce cadre, responsable d’un retard de calcul et donc de versement des indemnités.
Il s’agit bien ici d’observations sur un plan professionnel et factuel.
Je ne m’appesantirai pas sur nos difficultés actuelles à gérer déjà notre travail d’accompagnement, sur le manque d’effectif, et le retard permanent pris dans le traitement des dossiers, même si les chiffres qui vous sont donnés en retour du terrain tendraient à prouver le contraire.
Sur le plan des principes :
Effectivement, dans mon refus, il y a une question de principe ; vous avez souhaité me l’entendre dire : je vous l’écris.
Je n’ai jamais caché à ma hiérarchie mes réticences sur la fusion et les risques qu’elle entraîne, à savoir la mise en danger du Service public de l’Emploi, et ses conséquences sur les salariés et sur les demandeurs d’emploi. L’EID est réellement à cet égard la mise en acte de la fusion
Je ne peux donc que réitérer ce que j’explique largement dans mon courrier adressé au Directeur Général : je ne peux pas et je ne veux pas participer, en quoique se soit, et à quelque niveau que se soit, à la « mort annoncée » du Service Public de l’Emploi.
Je ne peux à ce titre que reprendre l’article 9 de la Convention 88 de l’OIT :
1. Le personnel du service de l'emploi doit être composé d'agents publics bénéficiant d'un statut et de conditions de service qui les rendent indépendants de tout changement de gouvernement et de toute influence extérieure indue, et qui, sous réserve des besoins du service, leur assurent la stabilité dans leur emploi.
2. Sous réserve des conditions auxquelles la législation nationale soumettrait le recrutement des membres des services publics, les agents du service de l'emploi doivent être recrutés uniquement sur la base de l'aptitude du candidat à remplir les tâches qu'il aura à assumer.
3. Les moyens de vérifier ces aptitudes doivent être déterminés par l'autorité compétente.
4. Les agents du service de l'emploi doivent recevoir une formation appropriée pour l'exercice de leurs fonctions. »
Je vous confirme donc, que je ne suis pas agent d’un gouvernement, mais que souhaite rester agent d’Etat, que je n’ai pas d’aptitude à travailler sur le champ de l’indemnisation, que je continue à vouloir exercer ce métier de Conseillère à l’Emploi et que je reste profondément et viscéralement attachée au Service Public, outil essentiel de redistribution, et de réparation des inégalités sociales.
Le Service Public ne doit pas être instrumentalisé pour servir d’autres intérêts que celui des publics qui en ont besoin.
Je pense que vous trouverez dans mon courrier, les réponses que vous attendez
Je vous prie, Monsieur le Directeur Régional, d’accepter mes salutations.
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La lettre de soutien intersyndicale:
Lettre de soutien Isabelle De Leon