La vie de pôle emploi ou la fusion racontée par deux agents anpe et assedic.
« Nous recherchons des femmes pour la vente à domicile et pouvons proposer des compléments de salaires »Il est reparti comme il est arrivé : avec le sourire. Pourtant, dans l'intervalle, Laurent Wauquiez a dû essuyer une violente diatribe de la part d'une syndicaliste de Sud/Solidaires, si subite qu'elle a momentanément plongé toute une salle dans un silence de mort. Peu après 11 heures hier matin, le secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi débarque, comme prévu, à l'espace Jean-Couty de Lyon-Vaise pour inaugurer le premier forum de recrutement de la « Semaine pour l'emploi ». Plus de deux cents personnes sont déjà là pour consulter les dizaines d'offres accrochées dans le hall. Mais c'est à deux conseillers de Pôle Emploi, que le ministre réserve ses premiers mots : « J'espère, leur dit-il, qu'on a touché le fond et que les choses vont s'améliorer. Il y a eu des renforts sur le 39.49 [la plateforme de renseignement de Pôle Emploi-NDLR] ». Suivi par une nuée de journalistes, Laurent Wauquiez choisit alors de s'asseoir à côté d'une ex-secrétaire, en entretien de prérecrutement avec un employeur de la vente à domicile. « Vous êtes en reconversion, c'est courageux ! » la félicite le ministre. « Notre activité est en pleine croissance », explique le recruteur en précisant : « Nous recherchons des femmes et pouvons proposer des compléments de salaires ». A cet instant, une femme se place incognito face aux caméras pour interrompre Laurent Wauquiez. « Monsieur, ne venez pas nous dire que les gens peuvent trouver des emplois à plein temps ! Vous faites de la démagogie et de la propagande. » Le ministre feint de l'ignorer en poursuivant sa discussion avec le recruteur. La syndicaliste reprend de plus belle. Elle se met à hurler, entre colère et émotion : « Monsieur, ça devient insupportable. Vous cassez les chômeurs, vous les baladez et vous cassez nos métiers. Il y a de la souffrance à Pôle Emploi et bientôt, les gens vont se suicider comme chez France Telecom. Arrêtez votre cinéma ! » « Madame, pourquoi êtes-vous là ? » demande en substance le ministre, que la violence de l'attaque avait d'abord laissé sans voix. « Je suis conseillère chez Pôle Emploi et syndicaliste Sud/Solidaires » répond-elle. « J'avais bien compris » ironise Laurent Wauquiez, qui coupe court à l'échange, tandis que le directeur régional de Pôle Emploi, Patrick Lescure, parvient, blême, à entraîner la militante (*) à l'écart. Le murmure des entretiens de pré-embauche, qui s'était brusquement tu, reprend. Laurent Wauquiez continue sa visite. Imperturbable. Interrogé plus tard par un journaliste à propos de la grève d'aujourd'hui chez Pôle Emploi, il répondra : « Je comprends cet appel à la grève. Mais petit à petit, le service va pouvoir s'améliorer grâce aux renforts sur le terrain ».
Nicolas Ballet
(*) Il s'agit de Rose-Marie Lévy Pechallat, responsable du syndicat Sud Pôle Emploi à Lyon